23/01/2013

LESTER BANGS: ROCK'N'ROLL DAMNATION...

 

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Tout peut arriver. Par erreur. Par mauvaise foi. Imagine un peu Dieudonné chez Arthur un samedi soir. Le premier fait d'arme de Lester Bangs ressemble à un raid de B'52s sur un camp rebelle appelé "Kick out The Jams" où se sont retranchés les enragés du MC5. Son baptême en matière de critique rock s'inscrit résolument à contre-courant (l'album enchantera la critique), option que Bangs utilisera tout au long de sa courte carrière pour l'édifier en symbole de la contre-culture. Pour certains, fils de Burroughs, de Ginsberg, frère de Bukowski ou de Hunter S. Thompson. Pour d'autres seulement fils de rien ou au mieux: génial fils de pute...


Le rock, Lester Bangs ne s'est pas contenté de le chroniquer, il l'a vécu dans des clubs pourris, dans des deals sordides, à deux blocs de chez lui ou à des milliers de kilomètres. Il l'a fait aussi avec des textes boursoufflés à la lame de rasoir. Il a même essayé d'en produire, ultime frustration de rock-critic. Erigé en art de vivre, rocker signifie: encenser, brûler, cracher, vomir, caresser, se sapper, boire, sniffer, gober, sortir, s'évader. Une morgue vite captée par Johnny Rotten qui la simplifiera au maximum sous la formule laconique "Nevermind The Bollocks". Le terme Punk appartiendra à Bangs comme Junk fut une marque déposée par Burroughs.


Collaborateur à  Rolling Stone puis à Creem et pour finir au Village Voice, sa plume chamboule la critique musicale. il y aura désormais un avant et un après Lester Bangs. Savant mélange de poésie, de provocation, d'allusions porno, de subjectivité débridée, son écriture explose littéralement, prise en tenaille entre ambitions littéraires et déflagrations populaires. Depuis un bon bout de temps, la musique se fabrique  non plus dans les palais mais dans la rue et les garages où ses acteurs puisent leur principal combustible: la révolte. Et Bangs s'y connaissait en révolte, il l'exploitait le plus souvent dans un art sublimé de la provocation. Déployant une vertigineuse irrévérence secondé par un égo-trip si puissant qu'il en devient parfois comique au sinon touchant. A la limite d'un romantisme des bas-fonds. Quand le splendide se roule dans des flaques de gerbes. Lester se plaisait à préciser : "Qui était le meilleur? Bukowski? Burroughs? Hunter Thompson? Laissez tomber. J'étais le meilleur. Je n'écrivais que des critiques de rock, et encore pas tant que ça."

Si Bangs n'a jamais véritablement ruiné de carrière ni même propulsé un seul groupe au sommet, ses articles posaient de redoutables mines entre les pieds de ceux qu'il entreprenait de disséquer. Derrière ses délires de grande bouffonnerie, Lester Bangs se frappe un syndrome d'adolescent attardé qui soucieux de prendre un peu ses distances avec le Rock continue à terriblement flipper sur la disparition de celui-ci. Dylan s'est foutrement gourré: les temps ne sont pas près de changer. Le rock pourrira encore des siècles avant de disparaître. Aujourd'hui, les petites filles se trimballent indifféremment avec des Tee-Shirts AC/DC et Hello Kitty. Sûr que Bon Scott aurait fait un sort au matou. Passion et fonds de commerce. Raison d'exister et poil à gratter.Lester Bangs le Saint Patron des rockers frustrés, des écrivains foirés, des alcoolos mondains, des menteurs pathologiques aurait sûrement détesté notre époque avant de se raviser en nous disant que le rock n'est qu'une histoire de synchronisation entre les battements de pieds et les balancements de tête, de drague adolescente, de paroles stupides et que le samedi soir: c'est toujours bon pour la baston. 


" Je me contredis tout le temps " (et le MC5 en a eu vent) concédait-il à Jim DeRogatis l'auteur de 'LESTER BANGS. MEGATONNIQUE ROCK CRITIC'. L'occasion de découvrir plus en détails ses talents d'emmerdeur public, viré de Rolling Stone en 1973 pour "manque de respect envers les musiciens". Mais Bangs suintait trop le rock bien gras: louant la fureur des Stooges, la froideur Krafwerkienne, désignant Lou Reed comme Idole Nécessaire allant jusqu' à prescrire l'écoute de Metal Machine Music sur une ordonnance boursouflée de sang, de speed, et bien évidemment de Romilar (sirop pour la toux). Il ne pouvait s'arrêter là. En rejoignant Creem, il agitera l'étendard Punk, jonction LONDRES-NEW YORK escale à DETROIT. Sans jamais oublier d'éructer au passage quelques sentences assassines sur :


 - Mick Jagger : " révolutionnaire bidon plein aux as". " Si Jesus avait été à Altamont, ils l'auraient crucifié, mais si une fois de plus Mick Jagger me fait attendre trois quarts d'heure pendant qu'il s'attife, alors avant d'en rendre responsable un pauvre roadie, la brigade et moi-même allons nous diriger vers la scène en tirant à volonté quand il montrera sa gueule et ses yeux de poissons."

- David Bowie " The Rise & Fall of Ziggy Stardust & The Spiders From Mars " : "(...) Bowie n' a jamais été mon héros. J'ai toujours pensé que ces histoires de Ziggy Stardust homo-venu-d'Aldébaran n'étaient que ramassis de merde, surtout de la part d'un type qui n'est même pas foutu de monter dans un avion "

- Mc Cartney : " snob infernal "

- Jefferson Airplane " porcs capitalistes gauchistes et dilettantes"

- Led Zeppelin : " pédales émaciées "

- Jim Morrison : "Pitre alcoolique"


D'accord ou pas, Lester Bangs s'en branle, la mauvaise foi comme seconde nature. Pas besoin d'une grande culture rock pour lire les articles de Bangs, suffit juste de croire qu'il s'agit d'un absolu délire fictionnel, que rien de tout cela n'a existé. Avec un minimum de connaissances on s'aperçoit rapidement que Lester avaient un paquet  inépuisable de conneries en stock. Comme si finalement rien n'avait d'importance, comme si tout ça n'était qu'une vaste supercherie, une blague cochonne. Pour se consoler, il étreindra votre âme sur " Penser l'impensable sur John Lennon ", il vous bercera sur une nostalgique mélodie en vous demandant "Où étiez-vous quand Elvis est mort?". Lester Bangs avait du coeur, j'en doute pas. Quoique... Son corps se balance encore au bout de la corde Rock'n' Roll et tout n'est plus que littérature.  Depuis qu'il s'est barré, la critique n'en finit plus de tirer la tronche. Déprimant. 


Enfin, je me posais la question: la France a-t-elle jamais été vraiment compatible avec une identité? une culture Rock? Quand je pense qu'ici Elvis Presley s'appelle Johnny Halliday; j'ai un doute. Qui se transforme en conviction lorsque je constate que nous avons Philippe Maneuvre et que d'autres avaient cette hilarante déflagration: LESTER BANGS.

 

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Psychotic reactions & autres carburateurs flingués. Ed Tristram (1996). 24 £

Fêtes sanglantes et mauvais goût. Ed Tristram (2005); 24 £



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