14.05.2012

HARLEM : HIPPIES (Matador/2010)

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HARLEM : GAY HUMAN BONES



 

 

Tout allait bien. Plus maintenant. Au fond de mon abri anti-atomique, j'avais jusque là  réussi à survivre à Lady Gaga,The Voice,Morandini et une cinquième pénible campagne présidentielle. Mais voilà, trois jeunes cloches débarqués d'Austin, Texas ont décidé de squatter mon hâvre de paix. Évidemment ça rote, ça pète, ça s'enfile des bières mais surtout ça joue du rock. De préférence mal. Fort. Vite. Pour mieux comprendre ces gamins attardés, il a fallu que je remonte loin, très loin dans les tréfonds de ma mémoire, dans le creux de mes deux oreilles. En vrac me sont revenues mes premières fois avec les Stooges, Sonic Youth, Nirvana, Stiv Bators (tiens mais qui c'est lui ? -le chanteur des Dead Boys , gamine...), les Sex Pistols, les Seeds, le Count Five, The Sonics.

Mes premières écoutes adolescentes de "Bleach", "Nevermind The Bollocks", "Evol" etc, etc... bien cassé par mes premiers pétards et tout juste capable de prononcer "cool" à intervalles réguliers, en hochant la tête lentement de haut en bas alors que finalement je n'entravais pas grand chose à ce qui me passait au travers des tympans. Hormis un petit soupçon d'agression sonore. Et surtout le son crasseux, la vitesse, la morgue juvénile, une musique jouée par des types qui ne se brossent jamais les dents avant d'aller au lit et qui décapsulent leurs canettes avec les dents de devant. Celà s'est appellé jadis rockab', rock'n'roll, garage, punk, punk-rock, rock alternatif, noise, grunge, post-punk, cold wave, post-wave, post-grunge, Tous les genres cités peuvent sans aucun problème être agrémentés de l'adjectif POST, en libre circulation, pas très cher, très pratique, toujours en vogue et indispensable pour donner du poids à son propos. Du poids à son propos ? Justement.

-Alors Belane, ça dit quoi ?

Harlem vient d'Austin, un peu comme Of Montreal vient d'Athens, Georgie, ou  Boards of Canada d'Ecosse, ou Architecture In Helsinki qui sont australiens et n'ont aucun lien avec la Finlande... On continue? T'as mal à la tête? Je te sers un verre? Donc voilà pour la petite histoire. Un nom de groupe n'est pas forcément un concept, une anecdote, un  hommage quelconque c'est juste un truc qui doit sonner. Comme un MI mineur bien plaqué sur le manche d'une Gibson.  Choisir un chouette nom de groupe, c'est un de mes rares superpouvoirs : Search & Detroit en est la preuve. Donc Harlem aurait pu jouer du jazz, produire une soul soyeuse, ou développer un funk bouillant. Ou mixer le tout. Mais pas du tout.

- Alors, Belane, c'est bon ou pas ?

Harlem joue en rangs serrés, un rock au son archaïque; même pas enregistré dans un garage mais limite dans un abri anti-atomique. En dessous de la cave. Des chansons simples, criardes, torchées la plupart du temps en moins de trois minutes composent finalement un disque extrêmement récréatif loin des élucubrations mélodiques qui s'offrent de parfaits bulletins de notes via le collège PITCHFORK. Ou Harlem décroche un honorable 8.1, bien mieux que le 6.8 attribué pour leur précédent DS ( Devoir en Studio ) "Free Drugs". Loin de moi, toute idée de distribuer les bonnes notes, ou mieux d'établir une jolie petite échelle de valeur avec des étoiles, des smileys qui tirent la tronche, ou pire de foutre des ffff en veux-tu, en voilà ! Moi je préfère me tirer avec mes potes d'Harlem qui viennent d'Austin et qui ont appelé leur album "Hippies" alors que c'est presque une bande de punks. Hé mec, tu m'ouvres une bière ?


HARLEM : FRIENDLY GHOST

 

 

05.05.2012

CHECK YOUR HEAD, MCA IS DEAD...

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Pour commencer, un bon poncif du genre: "La vie est drôlement foutue tout de même".

Une subite envie de Beastie boys et (hip)-hop, j'apprends la disparition d'Adam Yauch A.k.A MCA, membre fondateur. Je zyeute Facebook, Twitter, Pitchfork: pas de doute. Triste nouvelle.

Londres avait eu les Clash, New-York aura les siens: les Beastie Boys. En mixant le hardcore avec des flow bavards pour passer aux grooves les plus souples, les Beastie Boys ont dynamité les idées reçues. Le Hip-Hop s'affirme pleinement comme genre et devient une culture à part entière, n'en déplaise à Zemmour, une musique qui ne se concentre pas seulement au coeur du ghetto. Les Beastie ne cesseront jamais d'albums en albums d'élargir les frontières du Hip-Hop, géniteurs d'émules comme House Of Pain, Eminem... Adam Yauch emporte avec lui toute une époque. Dont mon adolescence.


 

"Licensed to III", "Check Your Head", et "Ill Communication" ont constitué une partie de la bande originale de mes années collège-lycée. Ces disques me ramènent à mon premier discman Sony, à l'anorak Carharrt spécialement acheté pour sa poche kangourou où je pouvais fourrer: quatre c.d, mes écouteurs, mon tamagoshi, mon tabac et mes feuilles Zig-Zag. Je grimpais péniblement dans le 16s, les Timberland alourdissaient significativement ma démarche. J'écoutais "Slow ride" et ça suffisait à me  faire croire que j'étais le mec le plus cool du bus, du collège et du monde entier. Je n'entravais rien au latin mais je raisonnais "Fight For Your Right (To Party)".


 

"Paul's Boutique" m'a pas mal donné la fièvre au niveau du bassin, j'enchaînais les twists improbables sur "Shake Your Rump", me démenais comme un M.C de poche sur le beat de "Car Thief". Ma mère me surprenais parfois: casquette à l'envers, bracelet éponge Nike blanc, scandant une "B-Boy Bouillabaisse" à la manière des singes capucins. Son regard d'acier hurlait: à table. Plus tard, je serais un B.Boy. Ou pas.


 

Au fait, j'allais oublier: j'avais pas de tamagoshi et je portais pas de Timberland. Ce qui est sûr en revanche, c'est que ces disques je les ai usés...

 

Merci pour tout Monsieur Adam Yauch. CHECK YOUR HEAD, MCA IS DEAD...

29.02.2012

CAT POWER : JUKEBOX (Matador/2008)

      

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17h07: Ce matin, je me suis réveillé avec une drôle d'angoisse, ça ressemblait un peu aux montées d'adrénaline lorsqu'adolescent on se prépare à un rendez-vous, qu'on ne sait pas trop s'il faut tenter la raie au milieu sur la gauche ou la droite, et qu'on se conditionne pour toucher au triomphe alors qu'on nage dans l'incertitude la plus complète. Elle devait arriver vers huit heure, il m'en restait moins de trois pour réaliser la soirée parfaite. Je farfouillais dans les étagères pour compiler une sorte de Love Playlist qui ne manquerait pas de la faire fondre. Puis je m'affairais: rangement (un bordel ordonné), cuisine (feuilletés de saumon, magret de canard au miel, pour la fondue au chocolat j'avais le temps), enfin une douche minutieuse où je surpris mes nouveaux instincts de métro-sexuel avec force usage de crèmes, de masque capillaire et rasage légendaire qui me valut une blessure d'estime sous le menton.

20heures: Au comble de l'excitation, d'un doigt tremblant sur Open/Close, je lançais "Juke Box" le dernier Cat Power,  deuxième album de reprises après"The Covers Records". Hormis un titre dédié à Dylan, cristallisation de l'idolâtrie vouée par Chan Marshall (qui au passage reprend magistralement son propre "Metal Heart"), la miaulante a ressorti un paquet de vinyls poussiéreux. Le disque s'ouvre sur une version désespérée de "New York, New York", sombre prétexte à d'envoutants entrelacs piano-guitares, il n'en faut pas plus à cette reprise de Sinatra pour m'inonder d'une vision céleste quoique quasi-équationnelle : (Elle = Ava Gardner) + (moi = Sinatra) = " I'm A Fool To Want You ".  Je me la repasse en boucle.

CAT POWER: NEW YORK ( 1:59)

podcast

20h42: Deuxième coupe de champagne, deuxième clope, c'est même pas sa voix sur son répondeur. J'ai pas laissé de message. "Metal Heart", troisième titre semble n'avoir jamais aussi bien porté son nom, l'excitation s'estompe, j'espère encore qu'il va se passer quelque-chose : un coup de fil ? un coup d'interphone? J'ai bien envie du feuilleté de saumon.

21h08: Le feuilleté me fait les yeux doux. Je résiste.

 

CAT POWER: ARETHA, SING ONE FOR ME (3:00)
podcast

21h23: Terminée, la bouteille de champagne. Je me surprends à siffloter l'intro de "Aretha, Sing One For Me", reprise dans un esprit Joss Stone sans le fard à paupières, les boas chatoyants, en moins pétasse quoi. Orgue discret, pont convenu. Honnête. Pas comme certaines. Effet champagne. L'original interprété par George Jackson fait aussi son petit effet.


21h26: "Lost Someone", inévitablement je pense à une autre reprise," Hallelujah " de Leonard Cohen par Jeff Buckley. Chan Marshall transcende l'original vers des sommets émotionnels, bien loin de l'immense James Brown. Au passage, le fameux " Lost Someone " me rappelle que s'il y a bien quelqu'un de perdu, je fais pas mal l'affaire. Les deux coupes de champagne sont remplies : "Hallelujah". Vas-y Aretha chante pour moi. 

CAT POWER: LOST SOMEONE (2:33)



21h45: J'ai englouti les deux feuilletés. Le magret était délicieux, sublime sucré-salé comme cette version du "Woman Left Lonely" de Janis Joplin où l'intensité de l'original se mue ici en apaisement. J'ai compris qu'elle ne viendrait pas (enfin), que pour ce soir pas de femme abandonnée mais un homme abandonné. Je me surprends à entrechoquer les coupes de champagnes pour porter un toast aux hommes célibataires. Si Janis Joplin frappait à ma porte, peut-être je lui ferai l'amour. Si rebutante soit-elle. Peut-être pas. Sûrement...

CAT POWER: WOMAN LEFT LONELY



21h54: "Blue " en conclusion d'un effort rassurant de la part de Cat Power. Ses reprises hivernales ne révolutionnent pas les titres originaux loin s'en faut, ils sont juste transposés dans l'univers langoureux d'une fille qui sait finalement où elle va et avec qui elle s'en va (l'excellent Dirty Delta Blues), traînant son spleen post-adolescent sur des terres familières (Nina Simone, Bob Dylan, Joplin ...). Comme elle le dit : "Quand il n'y a personne autour, l'amour vous aime toujours."

22h03: Replay de l'album, c'est beau, je me sens moins seul. Elle n'est pas venue mais j'ai trouvé une fille plus belle, plus classe, plus douce. J'ai de la chance, je vais finir ma soirée avec Chan Marshall. Soyeuse fondue au chocolat.

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20.02.2012

DJANGO DJANGO : DJANGO DJANGO , deux fois valent mieux qu'une...

 

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Django une fois. Django deux fois. Aucun rapport avec Reinhardt, le tabac à rouler ou le chat de mon pote. Django Django. Un nom qui résonne au carré et qui secoue le Web. D'accord Lana Del Rey a une belle longueur d'avance au buzzomètre mais là on va causer sérieusement, on va oublier le collagène et les moues boudeuses, les montages vidéos et le rétro F.m.

 

 

 

Reprenons les choses au commencement. Les quatre écossais naturalisés londoniens pour la hype, sortent un single remarqué Storm en 2009 qui leur permettra de se retrouver à l'affichette de plusieurs festivals européens (Transmusicales, Latitude Festival, Hinterland Festival...). Aux côtés de Metronomy, Simian Mobile disco, Phoenix,  ils révisent leurs beats et testent leurs mélodies sur des cobayes aux goûts prononcés et ça fonctionne. La presse cite les Beach Boys (dès qu'il y a harmonies vocales c'est imparable mais foutrement débile), le Beta Band (soit vu que le leader n'est autre que le frère de John McLean, merci DODB pour la généalogie), MGMT (???), Hot Chip (pourquoi pas) et salive devant la sortie imminente de l'album. Trois ans plus tard paraît l'éponyme Django Django. Ces mecs n'ont pas vraiment le feu au cul et le mot urgence n'appartient pas à leur vocabulaire.

 

Après une Introduction sur laquelle Giorgio Moroder n'aurait pas cracher, les Django Django rentrent dans le vif du sujet avec Hail Bop, un Satisfaction électro, mélange d'harmonies blasées sur fond de Handclaps. L'art de souffler le chaud et le froid. Cyril Lignac nous avait prévenu c'est la tendance le chaud-froid. Mais y-a-il ce fameux côté croquant et cette putain de pointe d'acidité? J'ai lu quelque part que ce disque provoquait une irrépressible envie de danser, je vais te sortir vite fait de quoi te dégourdir les jambes et on en reparle. Passons. Default et son petit riff devient rapidement addictif, pour la gaudriole on rend un petit hommage à Scatman avec des Bo-tak-tak-dip-bo-dip- beu en plein milieu et on enchaine. Firewater est tout simplement une merveille, un néo-blues évident pour tailler la route en balançant mes disques de Fleet Foxes, Gomez, MGMT (non je les garde eux) par la fenêtre. Je commence à les aimer ces petits écossais. Waveform me donne illico l'envie de m'inscrire à la chorale du coin, d'appeler la moitié de mon répertoire pour jouer aux crescendo-decrescendo et de recommencer jusqu'à la tombée de la nuit avant que mes voisins ne déboulent pour nous demander de lever le pied. Et si on lève le pied c'est pour frapper le rythme sur Zumm Zumm.

 

 

 

Hands Of Man fait tomber la pression mais ne dépareille pas, ce petit folk bourré d'arpèges diffuse un charme entêtant et prépare la dernière ligne droite d'un album maîtrisé de bout en bout. Ces types n'ont pas eu tort de prendre leur temps. Le minimalisme assumé de Love Darts  lance Wor et la magie opère encore, Dick Dale vient jammer sur des sirènes du premier mercredi du mois, l'alerte est donné. 2012 appartient à Django Django. Tout a été dit sur Storm alors je la boucle. Life's a Beach cavale vers des contrées orientales et Skies Over Cairo pourrait bien faire tomber la neige dans le désert. Ces types sont foutrement malins tout de même. Silver Rays conclut l'affaire, Metronomy a peut-être trouvé à qui parler...

Django une fois. Django deux fois. Et comme deux fois valent mieux qu'une. Django Django.

 

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A lire sur Gonzaï et Des Oreilles dans Babylone.

Django Django/Django Django/(Because/2012)

18.02.2012

GONJASUFI : MU.ZZ.LE (Warp records/2012)

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GONJASUFI : THE BLAME
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Gonjasufi n'a pas perdu la main, il navigue toujours en eaux troubles, et si "MU.ZZ.LE" reste moins renversant que "A Sufi & A Killer " c'est qu'on a pris l'habitude. David Lynch  ne m'a jamais autant cassé la gueule après Eraserhead. Mais le culte du bizarre fonctionne toujours.

"A Sufi & A Killer" réalisait sur une longue durée la plupart de mes fantasmes musicaux. Gonjasufi mélangeait le western spaghetti avec le psychédélisme turc et américain (samples de Erkin Koray et Spirit), le punk madrilène et le funk sautillant (Las Grecas et Starpoint), le mysticisme indien et la soul d'Isaac Hayes entre autres. On aurait pu crever d'une crise de foi(e) mais l'homme nous servait le plus délicieux des repas. Tout ça je l'avais déjà écrit ICI.


GONJASUFI : RUBBERBAND
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"MU.ZZ.LE" par sa brieveté, vingt-cinq minutes à peine, s'apparente à un court métrage, un condensé de ce qui a fait de Gonjasufi un artiste aujourd'hui incontournable. En moins d'une demie-heure, l'homme réussit un tour de passe passe ahurissant en nous faisant gober un second album avec un seul titre. Déconcertant. Avec dix plages qui n'excèdent jamais les quatres minutes, le maître yogi nous balade une fois au coeur de sa psyché et réalise une catharsis express, un trip éveillé qui vous ferait certainement dire que les psychotropes sont définitivement anecdotiques.

 

GONJASUFI : FEEDIN' BIRDS
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Exit Flying Lotus, Gaslamp Killer et Mainframe, Gonjasuffi raccourcit la durée et resserre son staff. En collaboration avec un autre illuminé de San Diego Psychopop à la production sur une poignée de titres, Gonjasufi bosse désormais en famille puisque son épouse et sa fille viennent lui prêter main forte sur "Feedin' Birds" et "Nikels & Dimes".  Tu peux oublier l'herbe et le LSD, la coke et le MDMA, Gonjasufi te fournit la meilleure des dopes. A consommer sans modération.


 

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10.02.2012

VISIONS OF DYLAN 1962-2012

 

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J’ai entendu son nom bien des fois avant de pouvoir écouter une de ses chansons. J’avais même déjà vu sa gueule un peu partout avant de savoir à quoi ressemblait sa musique. En 1991, un étrange coffret m’est tombé entre les mains, «Bootleg Series - (1963-1991) Volume I, II, III». J’avais douze ans, je connaissais les Stones et les Doors comme les premiers communiants récitent le «Notre père», je m’endormais déjà avec Janis Joplin et me réveillais avec Hendrix aux accords de «All Along The Watchtower». Mais Dylan ???

 

 

Sa tronche sur la pochette du volume I ne m’inspirait pas plus que ça mais fallait y aller, histoire de ne pas passer à côté de ce qui semblait être une légende. Je fis donc la connaissance de Robert Zimmerman avec «Hard Times In New York Town ». Sans conteste, ce type possédait un débit formidable, sûr il devait raconter un tas de trucs intéressants mais désolé pour lui je n’entravais absolument  rien de ce qui pouvait se tramer sur cette sorte de blues blanc et acoustique, somme toute assez basique. D’ailleurs, je ne suis toujours pas certain d’y comprendre quelque chose. A la chanson, à Dylan. Un mystère.

 

Une énigme qui me pousse chaque jour à l’écouter d’avantage pour me faire une idée plus précise de ce phénomène, une idée définitive même si je sais que c’est impossible, couru d’avance. François Bon, Greil Marcus, Lester Bangs et bien d’autres fournissent quantité d’anecdotes  voire  des éclaircissements cruciaux sur ce petit juif de Duluth, Minnesota mais désolé une nouvelle fois l’énigme reste entière.

 

Tiens en ce moment, j’écoute «Talkin’Have Negellah Blues» mais ça tu t’en fous et tu te demandes bien ce que ça pourrait apporter à mon torchon bien brouillon sur Bob Dylan. Et si tu penses qu’il vaut mieux s’en foutre, je crois bien que tu as raison. Toi-même, sais-tu qui est Bob Dylan? Moi, je crois bien deviner en lui un grand brigand, doté d’un art inné de passer inaperçu pour ressurgir au moment où on l’attend le moins, un petit homme extrêmement rusé déchiré entre égoïsme forcené et altruisme suicidaire, contrarié et contradictoire, un cleptomane méthodique mélodiquement dépouillé par quelques cambrioleurs émérites.

 

D’ailleurs, je me suis souvent surpris à penser que les chansons de Dylan n’étaient jamais mieux interprétées que par les autres. C’est le cas pour Hendrix qui insuffle l’énergie potentielle pourtant contenue dans l’original sur « John Wesley Harding » mais qui reste malheureusement  potentielle. Le Jimi Hendrix Experience saisit l’opportunité et explose dans un délire abrasif tous les compteurs pour en délivrer une version définitive, rendant obsolète toute autre tentative que les bouffons de U2 menaceront pourtant par une reprise live respectable sur « Ratlle and Hum » album où Dylan participe à deux autres titres : « Hawkmoon 269 » et « Love Rescue Me ».

Comme par hasard.

Encore cette capacité d’être partout, d’attirer par accident toutes les connexions vers lui, de connecter et reconnecter, encore et encore, d’enchaîner les références sans forcément le rechercher, aussi à l’aise dans l’ombre qu’en pleine lumière, schizophrène ultime. Vulgaire cow-bow du mid-west, étudiant branché à New York, célébrant la messe aux accents de gospels insipides vêtu de toges improbables, défoncé dans un taxi lancé sous la pluie, dans l’aube maussade d’une rue londonienne et de grosses lunettes noires pour se cacher de tout sauf du soleil absent, déguisé en éco-trappeur sur la pochette de «Desire», amoureux fou sur «The Freewheelin’Bob Dylan» et désespéré sur «Blood On The Tracks», ermite misanthrope et insaisissable confortablement installé en face de journalistes inquisiteurs qui n’ont plus le souci de le dévisager, de le percer enfin à jour mais bien de le fusiller, de le pendre haut et court pour refermer l’ histoire et lui montrer qui a gagné la partie.

Dommage, Dylan fait déjà parti de l’Histoire, de la protestation à la simple chronique, en tant qu’acteur et observateur de notre société contemporaine. Dylan n’a pas une vision du monde, il semble qu’il en possède une multitude, aussi insondables les unes que les autres. Une vision américaine ?

Comme le souligne Greil Marcus, il a marqué ses débuts par la lucidité de ses textes, se tenant loin de tout triomphalisme nationaliste, circonspect lorsqu’il s’agissait d’argent et de religion, symboles mariés sur les devises U.S,  refusant le statut de leader d’une jeunesse qui trouvait le folk stupidement cool alors qu’il s’agissait déjà d’une tentative de déculpabilisation musicale par rapport à la cause des noirs « laissons leur au moins le blues,mettons nous au blues blanc et appelons-le : Folk ». Et Dylan était bien en première ligne pas tout à fait du mauvais côté, baigné par les complaintes des champs de coton, les blues poisseux, les histoires sordides colportées de villes en villes par Woody Guthry, Tom Paxton, et tant d’autres bluesman qui n’arriveront jamais jusqu’ à nous.

Dylan demeure un bluesman. Certains le réduisent à un phénomène anglo-saxon, à une vision empiriste américano-américaine tant il déverse dans ses couplets les noms de personnages appartenant à l’histoire de son pays mais il parle surtout  d'une société  qui pourrait presque basculer de l’autre côté, à chaque instant mais qui va s’accrocher coûte que coûte à reproduire les modèles du passé. 

 En utilisant ces références dans ses chansons, il ne se contente pas d’aligner une série d’illustres noms propres, mais convoque une étonnante galerie de personnages aussi détonants les uns que les autres : Stagger Lee, Ma Rainey, Tom Paine, Hattie Carroll, John Wesley Harding, Hurricane Carter, Bobby Vee… Dylan s’empare de leur histoire, la retranscrit au rythme de son folk, en ravivant leur souvenir il s’inscrit lui-même au sein de l’Histoire. Si tout le monde a oublié qui était Hattie Caroll, vous pourrez toujours le savoir en écoutant « The Lonesome Death of Hattie Carrol » sur l’oracle « The Time’s They Are a-Changin’ et ainsi de suite. Notre homme pratique déjà le Name Dropping, procédé qui consiste aujourd’hui à balancer un maximum de noms propres afin d’enrichir un contenu d’un vide intersidéral.

 

Dylan utilise l’ histoire américaine tout en construisant sa propre histoire, bâtissant involontairement son image d’icône dont les médias des années soixante raffolent, au risque de se perdre au gré des interprétations diverses que nous voulons bien prêter  à ses textes. Seulement lorsque Dylan écrit «  Like a Rolling Stone », « Ballad of a Thin Man », « Masters of War » je n’ ai pas l’ impression qu’ il s’adresse uniquement aux anglo-saxons. Il parle du et au monde occidental. Outre les paroles, la musique a bien des choses à raconter et finalement peu importe que l’on comprenne bien tout ce que peut nous balancer ce type, les nuances vocales, la place des instruments, la progression rythmique ouvrent sur des perspectives insoupçonnées, ou l’on ressent la tension, l’amour, le désespoir, toute la palette d’émotions dont est capable l’être humain. Car Dylan est profondément humain. Je ne sais plus très bien ou j’en suis, mais poursuivons, tiens là j’écoute «  Just Like Tom Thumb’s Blues » et je sais vraiment pas pourquoi je trouve ça sexy, ouais tu as bien lu le mot sexy. Dylan peut sonner sexy. « Just Like Tom Thumb’s Blues » me donne l’envie de commettre des ébats punissables par le tout-puissant. Mais je m’égare…

 

Là où beaucoup ne verront en lui qu’un piètre chanteur, au chant aussi monocorde que monotone, son répertoire dévoile une étonnante galerie de voix différentes, au-delà des époques, d’ une chanson à l’ autre. Des types comme David Bowie et Frank Black savent se rendre méconnaissables sur certaines compositions. Dylan sait aussi se transformer en caméléon. Faites écouter ce « Man In Me » à un novice, peu de chance qu’il le reconnaisse. D’autres exemples ? « Lay Lady Lay », « When The Ship Comes In », « Hurricane »…Certains pensent à lui dès qu’ils entendent un harmonica, pas faux tant il en abuse sur ses trois premiers albums…

Le seul truc valable que j’ai compris à son sujet c’est qu’on l’apprécie vraiment lorsqu’on réunit les trois paramètres suivant : musical, vocal et textuel. Pour écouter les Stones, je ne me suis jamais senti pris d’une envie pressante d’engloutir un Harrap’s, j’ai jamais trop forcé sur la voix de Jagger contrairement à Dylan qui me faisait penser au départ à un Daffy Duck sous hélium lorsqu’il chantait son formidable «  Blowin’ in The Wind ».

Sa carrière exige un apprentissage, un parcours initiatique jonché de déceptions, d’incompréhension, de lassitude et parfois d’ennui. Inutile de te confirmer que les choses ont bien changé depuis. Il y a chez lui une exigence remarquable, il faut s’accrocher en permanence tant cet homme est capable de vous jouer des tours. Dont l’un des  plus fameux, se produisit au festival folk de Newport. Et là putain désolé, lecteur  je dois me barrer…Comme il se doit, je lui laisse évidemment le mot de la fin :

«Ca toujours été la solution de facilité, celle qu’on choisit les dirigeants de ce monde. Non pas qu’il soit difficile d’être vague et peu clair ; c’est juste qu’il n’ y a rien, absolument rien, qui mérite qu’on soit clair et explicite. Mes vieilles chansons, c’est le moins qu’on puisse dire, parlaient du rien. Les plus récentes parlent à peu près du même rien – mais vu dans un élément plus vaste, qui s’appelle peut être nulle part.» BOB DYLAN.

30.01.2012

LANA DEL REY: UN DISQUE ET QUATRE ENTERREMENTS.

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Il y a ceux qui naissent pour être sauvages, ceux qui naissent  pour être vivants, ceux qui sont nés aux Etats-Unis et ceux qui sont juste nés comme ça. A Born To Be Wild, Born To Be Alive, Born In The U.S.A et Born This Way, Lana Del Rey répond  Born to Die. Et c'est sans doute la seule vérité qui s'échappera de ses lèvres. Né pour mourir c'est banal mais lorsque l'on meurt quatre fois c'est déjà plus intriguant.


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Première mort de Lana Del RAy A.K.A Lizzy Grant: "Suicide et resurrection"

Après un premier essai discographique passé complètement inaperçu en 2010, Lana Del RAy change de cap et décide de changer une lettre dans son pseudonyme. Enfin presque, le disque et le maxi "Kill Kill" disparaîtront des bacs aussitôt. Et Lizzy Grant s'appellera désormais Lana Del REy. Elle s'invente en Gangsta-Sinatra, prête à prendre la relève de Lana Turner en déboulant au volant d'une Del Ray lancée plein pot. Je vais essayer de changer une lettre dans mon nom et je reviens. En Gangsta Presley, prêt à endosser le costume de James Dean en me crashant au volant d'une Spyder 550.


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Deuxième mort de Lana Del Rey: "Le trop est l'ennemi du bien"

Sur la foi du brillant Video Games, Lana devient une icône incontournable. En 2011, elle obtient un master en gestion des réseaux sociaux et autres outils de communication obsolètes : presse, blogs, radios, vidéos. Lana Del Rey est partout, partout, partout. Trop. Comme ces lèvres trop pulpeuses, Lana Del Rey en devient suspecte (M.I.L.F et La Blogothèque). Elle se fait un nom, elle a écrit deux chansons. Cat Power a mis six albums pour écrire The Greatest et on la confond encore avec Cat Stevens ou les Stray Cats ou tout ce qui a un joli minois et perd ses poils.



              


Troisième mort de Lana Del Rey: "Cauchemar au Saturday Night Live"

Quand Harry Potter débarque sans son Nimbus 2000 mais complètement hilare avec une carte postale du Montana imprimée sur son tee-shirt et son gilet de maison de retraite, il y a déjà comme quelque chose d'irréel dans le Saturday Night Live. Mais trève de sorcellerie, laissons place à la nouvelle prêtresse média-programmée de la pop. Dans un fourreau de vierge une minute avant la nuit de noce, Lana Del Rey se déhanche lascivement et attaque Video Games. Grandiose. L'espace de huit secondes. Et là ça tourne au cauchemar, la vieille grande frousse guette, Lana Del Rey s'aggripe au micro dans un esprit porno 70's, une prise de micro-pénis façon service trois-pièces comme dirait Brigitte Lahaie, la voix tremble et les fausses notes fusent. Dr House nous dirait sans doute que cette fille commence sérieusement à souffrir de schizophrénie vocale. Elle nous avait dit Gangsta-Sinatra, la gentille Nancy lui aurait collé deux baffes. Bang Bang...


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Quatrième mort de Lana Del Rey: "La recette du gloubi-boulga enfin dévoilée"

Lana Del Rey n'a pas que de mauvaises idées. La preuve, la seule: Video Games. Pour le reste, je reste perplexe, du mauvais hip-hop, des envolées lyriques à la Britney Spears, les beats de Massive Attack sur dix titres et un profond manque de personnalité. Allez Cendrillon il est bientôt minuit, tu peux rentrer chez toi, ta chassure je te la ramènerais demain. Tu n'es pas née sauvage, tu es plus vivante sur papier glacé qu'en réalité, tu es la dernière imposture de l'amérique. Cendrillon je ne t'en veux pas, demain je te ramenerais ton disque...


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03.01.2012

THE BREEDERS : DRIVIN' ON 9 (Last Splash/4AD/1993)

 

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THE BREEDERS : DRIVIN' ON 9 (Last Splash/4AD/1993)


podcast

 

1993. Pour moi, il ne s'est rien passé. Ou presque. J'ai quatorze ans, plutôt de bonnes notes et une légère poussée d'acnée.

 Pendant les cours de dessin que l'on s'évertue à qualifier "d'arts plastiques", il m'arrive depuis quelque temps d'entendre des coups de klaxons  qui me semblent désespérement adressés.

Il y a aussi une mélodie lointaine qui grimpe jusqu'à la fenêtre du second étage où j'ai pris l'habitude d'exploser les mines de mes crayons HB  tous les mardis après-midi entre quinze et seize heures. Invariablement. Hormis mes irrépressibles pulsions d'école buissonière. Pulsions qui s'emparent souvent de moi bizarrement les mardis... Après-midi... Entre quinze et seize heures...

Mais pour l'instant, je reste coincé entre Picasso et Kandinsky. Pas l'ombre d'Andy Warhol pour me sauver la mise.  Les klaxons ont cessé et le son d"un autoradio est monté d'un cran, la mélodie lointaine se précise : je peux désormais reconnaître "Drivin' On 9".

Le professeur se tourne vers le tableau, je risque un oeil par la fenêtre et là je vois Kim Deal, le front bandé d'un foulard blanc à pois bleus sous lequel quelques mèches de cheveux s'échappent négligemment. Pas mal. Elle porte une robe sixties et des lunettes aviator. Cette fille n'est peut-être pas la plus jolie sur terre mais elle a de l'allure. Avec un large sourire, elle garde une main accrochée au volant d'une décapotable mauve, sièges de cuir blanc à l'arrière et de l'autre m'invite à la rejoindre à l'avant. Je peux presque déjà entendre le tintement de la bouteille de Jim Beam dans la boîte à gant et le pack de bière sur la plage arrière."Drivin' On 9".

La sonnerie retentit. A son insupportable stridence se mêlent déja les bruits des chaises, des bureaux, des conversations adolescentes où se superposent d'étranges variations entre les graves et les aigus et je me sens terriblement seul. Je baisse le regard sur ma pochette de dessin.

Putain, j'ai encore explosé mon crayon HB...

23.12.2011

QUI SE SOUVIENT DES HOUSEMARTINS ?

 

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THE HOUSEMARTINS : I'LL BE YOUR SHELTER
podcast

 

Qui se souvient des Housemartins ?

Si tu n'as pas connu les douces années Thatcher, que tu as échappé à l'Acid House, que tu confonds encore les Stones Roses avec les Guns'n'Roses ou pire encore les Rolling Stones; tu n'as aucune chance de connaître les Housemartins.

Si on te disait que les Happy Mondays étaient une sitcom tu n'en aurais rien à secouer et filerais en douce te faire un épisode de "How I Met Your Mother", si on te dit Smiths et que tu réponds Stan, que  pour toi Ritchie Cunningham et Stan Cullimore ne sont qu'une seule et même personne, que My Bloddy Valentine doit être un film d'horreur fortement branché hémoglobine alors les Housemartins n'ont jamais existé. Ni Happy Days. Pas plus que Morrissey...

 Et pourtant...

Octobre 1986. London 0 Hull 4. C'est sur ce score sans appel que les Housemartins débutent la saison. Au Royaume-Uni, musique et football entretiennent les mêmes rapports que le Prince Charles et Camilia; on se cache, on s'aime, on se trahit mais on finit par se marier.

Les blues de Chelsea pénètrent encore sur la pelouse au son du "Liquidator" d'Harry J. et les supporters des Reds entonnent toujours "You'll Never Walk Alone" dans l'enfer d'Anfield Road. Mon ami Elton John fut propriétaire du club de Watford pendant plus de vingt ans. Malgré les liens d'amitiés qui nous lient, Elton ne m'a jamais cédé la place d'avant-centre que je briguais depuis que Ian Curtis avait tiré trop fort sur son noeud-pap. Mais ça c'est une autre histoire.

Mais laissons le foot sur la touche pour passer à ce fameux humour anglais. London 0 Hull 4 ne donne pas le pronostic des bookmakers pour la prochaine journée de Premier League mais l'état de la scène anglaise selon Paul Heaton, chanteur. Vu de Hull où le sens de l'humour est plus développé que l'objectivité. Autrement dit: pas l'ombre d'un groupe valable à Londres alors qu'au corner de chaque pub de Hull, vous tomberez sur les affiches de Red Guitars (c'est qui ?), The Gargoyles (???), Everything But The Girl ( ah enfin, je me souviens surtout de "Missing" qui avait cartonné au camping municipal La Playa) et je te le donne en plein dans le mille: les Housemartins. Ce qui donne London 0 Hull 4.

Je vais essayer de te la faire courte, les Housemartins aguichaient les Hooligans les plus énervés aussi bien que les jeunes filles aux jupes plissées, crachaient volontiers sur l'establishment mais gardaient leur plus belle chemise pour la messe du dimanche. Des tendres au coeur dur, je dirais même.

Quelques influences gospel "LEAN ON ME" "I'LL BE YOUR SHELTER", une grande lampée de pop vitaminée "SITTING ON A FENCE" qu'on appellera plus tard shoegazing enfin le NME en fera une marque déposée pour nous refourguer toutes les semaines et pendant dix ans des groupes nuls à chier. Tu veux des noms? Boo radleys, Ride et Teenage Fanclub par exemple. Si je descends dans la cave, je t'en donne à t'en faire peur ou pleurer.

Le NME m'a convaincu (à une époque où je trouvais l'anglais sexy car on pouvait placer des yeah à peu près entre chaque syllabes sans que personne ne trouve rien à redire) d'acheter un disque de merde toutes les semaines pendant trois ans. De quoi envisager une attaque en justice en déballant mes cartons de disques. Même les pochettes sont hideuses.

Comme celle des Housemartins. La seule différence, c'est que London 0 Hull 4 n'est pas un disque de merde. Et que je m'en souviens...

J'allais oublier : Norman Cook mieux connu sous le pseudo débile "Fatboy Slim" joue de la basse sur cet album, Paul Heaton formera Beautiful South, Stan Cullimore écrit des livres pour les enfants, Hugh Whitaker est classé par the Guardian comme un des dix musiciens les plus dangereux de tous les temps. Après avoir menacé son associé en brandissant une hâche, il décida de jouer des allumettes en incendiant son domicile. Tout est dit...


 

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19.12.2011

AMY WINEHOUSE : Lioness: Hidden Treasures (oui le père noël n'est qu'une ordure capitaliste)

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Quatre mois auront suffi pour exploiter le filon des deux premiers albums d'Amy Winehouse. A l'approche des fêtes, malgré des ventes post-mortem phénoménales, l'engouement pour "Frank" et "Back to Black" commençait à faiblir. Alors il fallait bien remettre la lumière sur l'icône et placer un produit que chaque père noël dûment éméché se devait de colporter au pied des sapins.

Les plus grands sont passés par là... Freddy Mercury se pavanait dans une version paradisiaque du Queen lorsqu'il fut obligé de ramener sa moustache pour les bienfaits de la reine. Morrison fut condamné à pousser les portes du père Lachaise pour une ultime prière américaine. Michael Jackson est revenu d'outre-tombe en Moonwalk. Le refrain est bien connu, un chanteur mort est un chanteur qui rapporte. Avec plus ou moins de bonheur artistique mais la meilleure musique reste toujours celle du claquement des tiroirs-caisses. Et inévitablement l'amie Amy n'échappe pas à la règle. On ressort vite fait le mascara, on colle une jolie photo, un coup de gloss, un grand coup de laque et c'est reparti, regardez le macchabé comme il est bien maquillé...

Désormais emballée dans une caisse verni et poignées dorées, Amy Winehouse recevra la bénédiction des bonnes mères de familles, les grands-mère retrouveront avec bonheur Tony Bennett le benêt, cousin américain de notre Franck Michael national, le trash et les frasques éthyliques seront oubliées; les enfants se pencheront sur cet album inoffensif en secouant leur poupées tatouées, choucroutées et perchées sur des aiguilles de trente centimètres en se disant que Barbie est vraiment dans l'air du temps. C'est la magie de noël. Tant mieux mais moi je m'en fous. Lioness: Hidden Treasures, le titre de l'album est déjà un honteux mensonge marketing, les trésors cachés circulaient déjà discrètement ici et là sur le web. Et ne nous voilons pas la face, pas l'ombre d'une pépite sur les douze titres.

Les versions alternatives de "Tears Dry", "Valerie", "Will You Still Love Me Tomorrow", "Wake Up Alone" et "Best Friend" n'ont d'alternatives que le nom tant on frôle la répétition parfaite des originaux. Les reprises de "A Song For You" et "The Girl From Ipanema" n'arrangent pas l'affaire, je passe et préfère l'exercice de la cover par Donny Hathaway et Astrud Gilberto. Mark Ronson et Salaam Remi que l'on a connu nettement plus inspirés à la production  nous refourguent une diva vaguement jazzy, une crooneuse chic pour les soirées cocktail des membres du Reader Digest. Amy Winehouse aura juste eu le temps d'un monumental "Back To Black" pour nous aveugler de sa classe particulière. La lumière est désormais éteinte, non elle nous avait prévenue, elle n'irait pas en "Rehab" No, No, No.

 Donc un album confondant d'ennui que les mauvais garçons écouteront vite fait d'une oreille distraite avant de s'injecter une bonne dose du dernier Tom Waits "Bad As Me". Et en pleurant discrètement une dernière fois sur "Back To Black".

13.10.2011

HANNI EL KHATIB : TERRORISTE DU RIFF "WILL THE GUNS COME OUT"

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Plus mélodique que le Jon Spencer Blues Explosion (facile), plus sexy que les Black Keys (pas compliqué), plus médiatisé (difficile) que Lana Del Rey, plus vivant que Ben Laden (?), Hanni El Khatib déboule guitare en pogne prêt à t'éclater la tronche et te piquer ta petite amie. Avec son look 50's vaguement mauvais garçon, le Californien a tellement forçé sur les clichés que l'image paraît naturelle: Tee-Shirt blanc-blouson noir, slim noir-Santiags Iguane, Wayfarer noires-Fender blanche, vidéos en ... Noir et Blanc. Le rétro c'est le futur !

Hanni El Khatib c'est le cinéma muet en 3D, MTV en Scopitone, le smartphone à cadran rotatif, Simone Signoret chez John B.Root, Jesus-Christ avec son profil Facebook, le menu blanquette de veau dans les Mcdo, bon allez j'arrête de te gonfler, en quelques mots c'est l'art de faire du neuf avec du vieux en recyclant les Cramps, le King d'avant la grosse déprime et une flopée de groupes qui se sont crashés dans des murs d'amplis : Royal Trux, Pussy Galore, Bikini Kill... Et Hanni El Khatib  le réussit fingers in the "noise".


            

 

 

Une reprise de Funkadelic "I Got a Thing" pour un spot Nike destiné à devenir le tout prochain générique de l'Equipe du Dimanche, "Dead Wrong" en rotation lourde sur Nova et chroniqué dans Télérama (!), sur tous les blogs de l'univers et d'ailleurs, Hanni El Khatib remplace  DSK au médiamètre si bien qu'il m'arrivera désormais de l'appeler HEK et pourquoi pas? HEK ravage des chambres d'hôtel (vieux cliché super-ringard de la mythologie rock) mais respecte néanmoins les femmes de ménage.

Lester Bangs le Saint Patron des rockers frustrés, des écrivains foirés, des alcoolos mondains, des menteurs pathologiques (déjà sus-nommés) aurait sûrement détesté avant de se raviser en nous disant que le rock n'est qu'une histoire de synchronisation entre les battements de pieds et les balancements de tête,  de drague adolescente, de paroles stupides et que le samedi soir c'est toujours bon pour la baston. Hanni El Khatib l'a parfaitement assimilé dans une application BMR (Binaire-Minimal-Rageur) disponible uniquement sur le prochain I-Phone Next Generation que Steve Jobs compte bien balancer par millions d'exemplaires sur la surface de la terre. Un geste Rock'n'Roll...




 

Tant de détour pour ne pas parler d'un disque et comme me l'a tant de fois répété mon pote Frank Zappa " Écrire sur la musique, c'est comme danser sur l'architecture. C'est quelque chose de très stupide". Mais j'emmerde ce bon vieux Franky, de toute façon ma chanson préférée de Zappa le frappé c'est "Joe's Garage". Garage comme le son de "Will The Guns Come Out" teinté de blues avec une pincée de soul bien rugueuse. Un savant mélange pour un disque construit comme un bon vieux vinyle avec une face A sexuellement intense et une face B postcoïtale avec deux reprises magistrales "Heartbreak Hotel "qui lorgne vers un Tom Waits qui n'aurait jamais vu une bouteille de whisky de sa vie et le classique "You Rascal You" envoyé en pleine face de Jack White. Alors un grand disque? Ici et maintenant: oui.

 


 

Au passage j'aurais aussi pu te dire des trucs débiles du genre : Hanni El Khatib, fils d'immigrés philippins et palestiniens, féru de skateboard au point qu'il fut professionnel du quatre-roues sur planche, passionné de Chevrolet et de vieilles photos d'accidents de la route débarque avec un premier opus sous tension véritable  hommage postmoderne au rock primitif.

Non mais tu m'as pris pour les Inrocks ou quoi?

J'oubliais, cette vieille rombière de Bowie me disait souvent " TO BE PLAYED AT MAXIMUM VOLUME". Hanni El Khatib le prend au pied de la lettre.

 

 

01.10.2011

20 ANS APRES NEVERMIND... Charles Bradley restaure "Stay away".

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Lu sur FACEBOOK : "Nevermind a vingt ans, maintenant t'es vieux."

NEVERMIND coûtait alors 129,90 Francs, Mark Zuckerberg avait 7 ans et ne pesait pas encore 30 millions de dollars.  The Times They Are A-changin' comme le dit mon ami Dylan.

"Nevermind a vingt ans, maintenant t'es vieux."

Tu peux toujours t'enfermer dans ta chambre et le faire tourner en boucle ça ne sert à rien.

"Nevermind a vingt ans, maintenant t'es vieux."

Rechausser tes Converses barbouillées de "Fuck" tout le long de la semelle, n'y pense même pas. Tu as passé une heure à cirer tes Richelieu il y a deux jours.

"Nevermind a vingt ans, maintenant t'es vieux."

Sortir ta veste en laine complètement mitée et ta chemise bûcherons à carreaux rouge et noir; oublie tout de suite. Ton blazer H&M sort du pressing.

"Nevermind a vingt ans, maintenant t'es vieux."

Ne cherche pas non plus à remettre la main sur les disques Sub Pop du genre Sebadoh, Mudhoney ou Lanegan, ça fait dix ans que tu les a refilés aux bouquinistes. Quand Rihanna rompopopote sur Man Down, tu regardes si personne ne te démasque en pleine délectation.

"Nevermind a vingt ans, maintenant t'es vieux."

N'essaie plus jamais de te parfumer avec du Teen Spirit depuis le temps tu aurais du comprendre que tu pues. Comme chaque 25 décembre, ta soeur t'offrira Allure de Chanel.

"Nevermind a vingt ans, maintenant t'es vieux."

Ce soir tu n'iras pas pogoter sur "Come As You Are" en aspergeant de Desperado le salon de ton pote, non tu siffleras une tisane et rejoindra ta régulière pour une bonne partie de lecture au lit.

"Nevermind a vingt ans, maintenant t'es vieux."

Et je préfère écouter :

 

CHARLES BRADLEY & MENAHAN STREET BAND : STAY AWAY
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12.07.2011

ELEANOR FRIEDBERGER : Last Summer (Merge Records/2011)

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ELEANOR FRIEDBERGER : Early Earthquake
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L'été dernier pendant que Matthew Friedberger bricolait des débris de chansons des Fiery Furnaces, sa soeur se lancait dans l'écriture de son cahier intime entre New-York (Roosevelt IslandOwl's Head Park, Scenes From Bensonhurst) et la Californie (Inn Of The Seventh Ray). Un carnet de chansons légères, barré de ratures bavardes où entre les pages poétiques se glissent quelques polaroïds colorés, une version moderne et déjantée de Simone de Beauvoir. Et les garçons adorent ça.

 

ELEANOR FRIEDBERGER : My Mistakes


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Impossible de ne pas penser instantanément aux Fiery Furnaces tant le style vocal d'Eleanor Friedberger est reconnaissable. Toujours en équilibre sur les lignes mélodiques entre ellipses et spokin'word, Eleanor calme le jeu sur les ruptures et les digressions qui caractérisent le son des albums des Fiery Furnaces. Ici le climat est à l'apaisement avec des humeurs qui nous promènent des  premières lueurs de l'aube jusqu'au soleil déclinant avec des morceaux qui pourraient  se glisser sans peine dans les ambiances vaporeuses de Virgin Suicides (Heaven) ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Inn Of The Seventh Ray).

En nous contant son LAST SUMMER de fort belle manière, Eleanor Friedberger nous promet encore d'autres étés radieux et me permet dès aujourd'hui d'échapper aux redoutables tubes de l'été...

 

Album en écoute intégrale sur NPR .

 

 

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Photo : MICHAEL RUBENSTEIN

06.05.2011

PLAYLIST PRINTEMPS 2011

 

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ALEXANDER : TRUTH (ROUGH TRADE RECORDS/2011)
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Ceux qui avaient goûté les charmes sixties et opiacés d'Edward Sharpe & The Magnetics ne seront pas déboussolés, Alexander Ebert n'a rien perdu de son adresse, il roule toujours les joints avec ses pieds et consacre le reste de son anatomie à sa musique. En sifflotant...

 

 

 

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CHARLES BRADLEY : IN YOU (I FOUND A LOVE) (DUNHAM RECORDS/2011)
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Il n'a jamais tabassé sa régulière ni bouffé du PCP, il n'a pas fait d'apparition dans Rocky IV ni de duo avec les Black Eyed Peas (soulagement), il n'a pas les fameux JB's en backing-band mais le Menahan Steet Band et surtout on ne l'appelle pas le parrain du funk. Pourtant Charles Bradley rappelle terriblement James Brown...

 

 

 

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SNOOP DOGGY DOGG : GANGBANG ROOKIE
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Ce cher Snopp, remarquable chien de race à ses débuts, a réussi la prouesse d'embrasser toutes les possibilités de l'espèce canine. Jusqu'à en devenir un sale cabot, une sorte de caniche dégingandé, apprêté pour les tapis rouge. Mais ce chien-là a de la ressource et montre à nouveau les crocs.

 

 

 

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BIBIO : TAKE OFF YOUR SHIRT (WARP RECORDS/2011)
podcast
A faire une obsession sur Phoenix, Bibio se brûle les ailes sur son dernier "Mind Bokeh" tiraillé par le sens de l'expérimentation de son label et fasciné par la perfection pop. Stephen James Wilkinson renaîtra sûrement de ses cendres...

 

 

 

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BILL CALLAHAN :  FREE'S
podcast
Bill Callahan revient pour une nouvelle virée en ville, stetson sous le bras et décontraction à toute épreuve comme le prouve ce "Free's" entre bossa nova et ritournelle blues. Une certaine idée du bonheur finalement.

02.05.2011

7 sur la platine

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3 TITANS Feat MENAHAN STREET BAND : THE LIFE OF A SCHOLAR (Dunham Records)
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Hauts comme trois pommes, les trois petits Mc de Brooklyn ont tout compris au hip-hop old school. Flow généreux, beats solides et cuivres chaleureux  fournis par le Menahan Street Band. De quoi claquer du Justin Bieber à la récré. Comme des titans.

 

 

BON IVER : WOODS (Jagjagwar)
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Le vocoder n'étant pas une marque déposée par Kanye West, Justin Vernon initie ses acolytes de Bon Iver dans le plus grand dépouillement contrairement au sus-nommé qui lui préfère toujours en rajouter des tonnes. Ce qui n'échappera pas à Kanye West qui récupèrera son joujou fétiche pour le duo "Lost In The World" l'année suivante. Kanye "tout-puissant" a encore gagné...

 


 JIMMY RUFFIN : MARIA (YOU'RE NOT THE ONLY ONE) (Motown)
podcast
Une petite leçon de soul par un des loosers magnifiques de la Motown. Raphael Saadiq a du l'oublier pour son dernier "Stone Rollin'".

 

 

STARPOINT : WANTING YOU (Casablanca Records)
podcast
J'aurai pu te dire que ce soir je ressors mon mythique blouson en skaï blanc et que j'enfile mes inoubliables mocassins Sebago Cayman à semelle lisse pour fêter la ré-ouverture du Studio 54 mais non. La vérité se trouve bien cachée dans les notes de pochettes de Gonjasufi...

 

 

GONJASUFI : CANDYLANE (Warp)
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Tout est expliqué juste au dessus...

 

 

ANANDA SHANKAR : SNOW FLOWER
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Au cas où Gonjasufi serait en panne de sample, il peut toujours m'appeler. Et comme je suis prêteur, je lui passerai mes disques d'Ananda Shankar.

 


 CHARLES BRADLEY Feat Menahan Street Band : THE WORLD (IS GOING UP IN FLAMES) (Dunham Records)
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Tout est dit dans le titre...

 

21.04.2011

MORIARTY : THE MISSING ROOM (Air Rytmo/2011)

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Après le succès "Gee Whiz but this a lonesome town", les membres de Moriarty ont rechaussé leurs bottes poussièreuses, leurs vestes élimées et nous prennent par la main pour nous emmener à nouveau sur la route au son des harmonicas, kazoos et autres dobros. Et j'y retourne les yeux fermés, envoûté par les histoires tour à tour sussurées, murmurées, ou simplement sublimées par la voix de Rosemary Standley. Des intonations qui sentent bon l'asphalte ravagée par le soleil et les vents infernaux des grandes plaines.

Pour Moriarty rien n'a changé, la route est toujours porteuse de belles promesses, c'est donc logiquement sur scène que le groupe a décidé de donner la primeur des treize titres d'un album à paraître le 26 avril mais disponible en numérique et en écoute en streaming depuis le 14 mars. Les franco-américains ont donc rempli et séduit un Trianon déjà acquis à leur cause et poursuivent une tournée qui sillonera au delà de nos contrées la Belgique et la Suisse. Au galop celà va de soi. Comme un cheval fou.

Pour le grand prix "The Missing Room", l'écurie Moriarty aligne treize partants dans les stalles. Le numéro 8 "[]" sera non-partant. A la première écoute "Isabella" se détache et prends la tête sur un rythme soutenu, suivi de près par "Decaf" fixé sur la même allure, le même schéma simple et authentique où la voix chevauche les guitares et autres cordes du folk ou de la country traditionnelle. Avec ce fameux supplément d'âme.

Dans la poursuite, la rythmique implacable de "I Will Do" dévoile d'astucieuses trouvailles instrumentales qui tendent à étoffer la simple ossature guitare-voix, marque de fabrique du son Moriarty. Car oui il existe bel et bien un son Moriarty. Alors que la plupart des folkeux outre-manche cherchent encore à sonner comme Neil Young, Moriarty se dévoile et affirme une solide identité à l'image de Dean Moriarty, le héros turbulent de "Sur la route".

Au coeur du peloton, Moriarty a l'audace de nous rappeler aux racines du talkin'blues avec le convaincant duo "Julie Gold's Candy Cane Tale" et "The Dark Line In the Middle of  Hope" mais aussi le bon goût de nous remmémorer Mazzy Star et les premières heures de Cat Power sur l'envoûtant "How Many Tides (After Sean Sellers)". Décidemment en voilà qui ont plus de six cordes à leurs guitares.

En fin de course, se traînent l'intrigante "Beasty Jane" tout en tension retenue, imparable bouquet de nerfs auquel succède "Serial Fields" une élucubration que n'aurait pas renié Beck Hansen. Dans le registre inspiration,  ajoutez un zeste d'esprit Fiery Furnaces pour obtenir le fragile "Mah-Jong". Vient enfin en antépénultième  position du grand prix " The Missing Room", "Where Is the Light" qui développe une ambiance saloon bourré de mauvais garçons bourrées eux aussi évidemment, impatients d'en découdre et de sortir régler ça en duel dans la poussière du désert. Le genre d'histoire qui n'aurait pas déplue à Sal Paradise.  Pour finir et pour plaire à tout le monde un "Roboto Hoshii" en forme de calumet de la paix à partager avec Alela Diane.

En conclusion, du grand Moriarty. La course est terminée mais la belle histoire se poursuit sur la route...

 


07.04.2011

KURT VILE : SMOKE RING FOR MY HALO (Matador Records, 2011)

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 KURT VILE : BABY'S ARMS
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Du bois, des cordes, de la nostalgie. De l'électricité, des riffs et Sonic Youth. La fin des années 80 et le nouveau millénaire. Voilà de quoi situer SMOKE RING FOR MY HALO, quatrième volet des aventures de Kurt Vile.

Encensé par la critique qui, toujours débordante d'imagination tient en lui  le Springsteen, le Neil Young ou encore plus original le Dylan du XXIème siècle, Kurt Vile navigue en pleine lumière entre le pavé new-yorkais et les plaines qui bordent la rivière Delaware. Entre les agressions sonores urbaines et les escapades bucoliques, si bien que je ne sais plus si je dois me servir une grande tasse de verveine ou une franche lampée de bourbon. Le dilemme : Lou Reed ou Joan Baez.

 

KURT VILE : IN MY TIME
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A l'évidence mélodique de ses illustres aînés, il oppose un style lo-fi où la formule couplets-refrains  s'efface au profit de plages atmosphériques "Baby's Arms", l'occasion de développer un style guitaristique en finger-picking "Peeping Tomboy" et de placer une voix de plus en plus assurée  "In My Time"depuis ses débuts au sein de Drugs On War.  Et blah-blah-blah comme dirait Iggy Pop...

 

Et là j'ai un flash généalogique: Sonic Youth s'est pas mal inspiré du Velvet Underground et Kurt Vile poursuit dans cette veine en s'inspirant de Sonic Youth qui s'est inspiré du Velvet en nettement moins bruyant, un brin moins aventureux mais en conservant le côté pop funéraire qui a fait le succès de ses prédécesseurs à l'image de "Ghost Town" qui clôture magistralement  SMOKE RING FOR MY HALO. Un album au charme discret, timide à l'image de son créateur, le cul coincé entre deux chaises, obligé de choisir entre les chemises à jabot chères à Gram Parsons ou les santiags de John Spencer. Kurt Vile aura au moins le mérite de prouver qu'on peut toujours se la jouer folk en portant un blouson de cuir noir.

 

 KURT VILE : JESUS FEVER


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10.03.2011

MENAHAN STREET BAND : MAKE THE ROAD BY WALKING (Dunham Records, 2008)

 

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Tu pourrais débarquer au beau milieu de Brooklyn comme ça sur un coup de tête, sans même savoir quel jour il est. Tu déambules sur les larges avenues, le regard rivé au sol ou la tête levée vers les façades des buildings, tu ne sais plus très bien... De toute façon ça n'a pas beaucoup d'importance. Voitures et passants accélèrent le pas sous une fine pluie glaciale, New York paraît de bien méchante humeur. Les marchands de glace se donnent bien de la peine pour remballer leur matériel, les taxis ne prennent plus la peine de s'arrêter devant les quelques costards-cravates qui tentent de les hêler d'un geste énergique, de toute façon les jeux sont faits et les courses déjà engagées. Les parapluies entament alors une valse désordonnée, ils s'effleurent, s'entrechoquent dans un concert d'éclaboussures silencieuses. Les écouteurs méticuleusement enfoncés dans tes oreilles diffusent la bande son idéale pour s'enfoncer dans le ventre de Manhattan. C'est "Make the Road by Walking" du Menahan Street Band.

Si jamais les multinationales Soul-Funk devaient manquer de main d'oeuvre, nul doute que sur la simple foi de leur C.V, elles s'acharneraient à offrir un pont d'or aux hommes du Menahan Street Band. Flashback et présentation. En chef d'orchestre : Thomas Brenneck alias Tommy TNT pour les intimes de Sharon Jones & The Dap-Kings qui a su réunir pour l'occasion des membres d'Antibalas Afrobeat Orchestra, du Budos Band, d' El Michels Affair et de ses fameux Dap-Kings ce qui n' était pas une mince affaire au vu des emplois du temps de ce grand personnel. Point de ralliement : Brooklyn et la maison mère Daptone Records, récemment victime d'un pillage en règle de ses meilleurs équipements lors d'un cambriolage le 16 février 2009.

 

 MENAHAN STREET BAND : THE CONTENDER


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Le mélange des genres sonne ici comme une évidence: faites fondre la soul fraîche dans un grand bol de funk, rajoutez une pincée de reggae, trois louches de jazz, couvrez et laissez mijoter lentement dans une marmite imbibée d'huile et d'épices afrobeat. Voilà donc la recette de "Make the Road by Walking", jamais indigeste et pourtant si riche en ingrédients judicieusement dispensés au gré des influences diverses de chacun des membres de cet orchestre classieux. Une réussite dans tous les sens du terme car même s'il lorgne dans toutes les directions possibles, l'album ne souffre d'aucune faute de goût et déroule, tout en cohérence et sans complexe, ses ambiances de bande originale d'un film né au coeur de Grove Street mais conçu pour explorer de nouvelles destinations. Pas si éloigné de l'univers des canadiens du Souljazz Orchestra ou de Mulatu Astatke, c'est surtout l'ombre du géant nigérian Fela Kuti qui flotte autour de ses dix plages instrumentales fortement addictives.

 

 THE MENAHAN STREET BAND : HOME AGAIN!



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Pour finaliser "Exile on Main Street", Keith Richards avait loué durant l'été 71 la Villa Nellcôte  transformée en quartier général de la Gestapo sous l'occupation trente ans plus tôt. Les Stones sortirent alors l'aune à laquelle des générations de rockers allaient se mesurer. Malin comme pas deux et visionnaire en matière de crise économique, Thomas Brenneck, lui, aurait mis en boîte ce truculent ovni analogique dans sa chambre, seulement équipé d'un 8 pistes et de deux micros juste au dessus d'un centre social appelé Make the Road by Walking, titre du premier simple de la formation en forme de clin d'oeil et d'amulette. Car cette composition ne trompera pas la vigilance d'un certain Jay-Z qui non content d'en sampler les cuivres, se délectera d'une distinction honorifique délivrée par Rolling Stone (best song 2007) pour son "Roc Boy (And the Winner Is)... La Brooklyn connection fonctionne à merveille et permet à Brenneck d'engranger au passage quelques royalties qui ne feront pas défaut au développement de Dunham Records, nouvel étalon de l'écurie Daptones Records, label largement popularisé par les performances de la tornade Sharon Jones & The Dap-Kings.

 

 

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Si Brooklyn est indéniablement ancré dans le coeur des hommes du Menahan Street Band, Thomas Brenneck se montre généreux et nous offre une excitante visite guidée le long des rues de la grosse pomme par tous les temps et à n'importe quelle heure... Comme il se doit, le mot de la fin lui appartient pour décrire sa musique et à juste titre il le fait mieux que quiconque : "This album is kind of a window into our world on Menahan Street. In a way we're simply the street's unofficial house band."

 

16.02.2011

MORIARTY : ISABELLA

 

                    

 

 

Pour les nouvelles aventures de Moriarty, voici le nouveau simple et une vieille chronique dépoussiérée de leur premier album.

 

 

moriarty,isabella,musique,chronique d'un autre temps

MORIARTY , un patronyme inoubliable pour les amoureux de " Sur la Route " écrit par qui on sait. Mais là il ne s'agit pas du pseudonyme attribué à Neal Cassady par Jack Kerouac, mais d'un groupe porté par les vents infernaux soufflant sur les plaines du Tennessee, accompagnés 'un harmonica rongé par la rouille et l'eau de vie ("Motel") tel une meute de loups hurlants de bon coeur et tous en choeur leur amour pour la lune sur les sommets du Montana. Moriarty oscille intelligemment entre la balade country épurée ("Jimmy"), les comptines perverses ("Oshkoch Bend") et un folk inspiré  pancakes et sirop d'érable ou vin rouge et camembert. Car Moriarty se partage entre la France et les Etats-Unis, une double nationalité qui n'est pas étrangère à son charme. Disque idéal pour les soirées automnales, "Gee whiz but this is a lonesome town" passera d'une traite sur votre platine comme un trait de bourbon râpeux qu'on s'envoie en un éclair pour se réchauffer l'âme. Enfin et surtout laissez moi-croire que ce(s) Moriarty porte(nt) toujours des bottes pleines de boue mais garde(nt) encore de belles chansons au creux de ses guitares...

 

17.01.2011

RAPHAEL SAADIQ : RADIO ( ET RETRO )

 

 

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Le 22 mars prochain, Raphael Saadiq dévoilera " STONE ROLLIN' " qui succédera après deux ans de tournées et quelques shows mémorables à l'excellent exercice de soul vintage " THE WAY I SEE IT... ". L'homme ne se présente plus ou presque, pionnier de la new jack avec Tony! Toni! Toné!, producteur avisé (D'Angelo, Joss Stone et des dizaines de collaborations avec des anonymes comme Stevie Wonder, Snoop dogg ou Mary J. Blige...), guitariste émérite et accéssoirement: bête de scène. Celà devrait suffire.

En 2008, Saadiq remettait la soul en pleine lumière et au goût du jour avec la démonstration de style   " THE WAY I SEE IT... " récompensé par trois Grammy Awards. Il enfonçait alors le clou déjà bien planté par Sharon Jones & The Dap-Kings, Nicole Willis & The Soul Investigators ou Amy Winehouse. Depuis la Soul ne semble s'être jamais aussi bien portée qu'elle soit authentique ou protéiforme; en témoigne la vigueur des  labels Daptone Records et Stone Throws, les réusssites de Jamie Lidell, Mayer Hawthorne, Janelle Monae et plus proche de nous un certain Ben : l'oncle Soul de nos contrées.

Pour aller de l'avant, Raphael Saadiq a une nouvelle fois choisi de regarder en arrière. Et dans son rétroviseur, il a capté pour 2011 un style rock early-sixties qui déménage : riffs ravageurs et choeurs au diapason, de quoi rappeler à Don Draper le héros de Mad Men qu'il est désormais temps de se la rocker sévère sur "Radio". Et comme le disait mon ami Bowie " TO BE PLAYED AT MAXIMUM VOLUME"...

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RAPHAEL SAADIQ : RADIO


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